Accueil Non classé La sagesse ultime de Franz-Olivier Giesbert, par Lotfi Hadjiat

La sagesse ultime de Franz-Olivier Giesbert, par Lotfi Hadjiat

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Voici plusieurs années, le noble Franz-Olivier Giesbert me confia un jour de décembre, face au château des Hohenzollern, au sud de Stuttgart, une parole d’une rare finesse : « Je préfère être burnes-out que burn-out ». Puis, son rire simiesque acheva de me convaincre de son génie. « Où trouvez-vous l’inspiration ? », lui demandais-je avec beaucoup de déférence. Mais il ne me répondît pas, se gavant de cacahuètes et de bananes, à la confusion du regard des quelques touristes qui nous croisaient. Il faut dire que Franz est une attraction à lui tout seul. Jamais personne n’a pu pourtant le persuader de monter sur scène, car tous ses amis le voient sur scène. Quant aux enfants qui le croisèrent à la sortie du château, eux le voyaient plutôt derrière les barreaux d’une cage. Les sourires d’enfants ne trompent pas. Ce type est une énigme littéraire, un mystère anthropologique.

Franz c’est la préhistoire joyeuse, l’appétit de la pierre, l’euphorie de la viande, l’ivresse des dents. L’extase de l’estomac. Attablés dans un restaurant de la Königstrasse, alors qu’il dévorait un steak « Chateaubriand », il me fit part d’une de ses visions prophétiques : « Je préfère son steak à ses livres ! Je t’en foutrais du « Génie du christianisme »… et de la vertu de mes deux…, la vertu chrétienne c’est du crime de A à Z. Tu parles de vertu… Je donnerais toute la mystique rhénane et toute la mystique chrétienne pour un bon polar, ou un bon Pommard ! ». Encore son rire simiesque incrusté de bouts de viande. « J’ai jamais compris à quoi servaient les idéaux, les convictions, la fidélité aux convictions… », proféra-t-il en s’essuyant la gueule avec une serviette blanche immaculée. « La fidélité quelle qu’elle soit est une sinistre absurdité ; il n’y a que les malades psychiatriques qui s’accroche encore à la fidélité. C’est Sacha Guitry qui disait qu’un homme sans vice est ennuyeux à mourir… La fidélité c’est la mort. La vie c’est tout sauf la fidélité. La vie c’est l’imposture, le mensonge, la trahison, l’infidélité quoi », déclara-t-il en lorgnant une jolie serveuse bavaroise. « Est-ce qu’il faut en finir avec toutes les fidélités ? Y compris la fidélité à la mémoire de la Shoah ? », dis-je respectueusement au grand maître. Le visage du grand Franz se figea alors brusquement. « Sale p’tit con ! », me lança-t-il furieux en se levant brutalement, manquant de renverser la table, puis quitta tumultueusement le resto en me laissant donc payer l’addition.

La jeune bavaroise vint vers moi, à la fois surprise et inquiète. « Was ist los ? », me demanda-t-elle. « C’est un philosophe français… a french philosopher », lui répondis-je en souriant, ce qui la fit rire, ainsi que les clients attablés alentour. Ne voulant pas gâcher une si belle ambiance, je n’osai ajouter que le grand Franz était juif. Soudain, Franz réapparut à l’entrée du restaurant, une espèce de bête hirsute avec un regard de fou dangereux. Le noble Franz me vit en train de rire avec la belle bavaroise et son regard bascula dans la démence la plus noire. Un client éclata de rire. Puis, en un rien de temps, un rire irrésistible gagna toute l’assemblée. Le grand et humble Franz tourna les talons et sortit piteusement de l’établissement. La blonde naïade fit un mouvement charitable en se dirigeant vers le « philosophe français », mais la charité chrétienne n’étant pas du goût du grand Franz, je glissai conséquemment à la nymphe aux longues nattes qu’il était juif. Et elle se ravisa. Voilà à quoi on reconnaît un grand sage, il sème joie et prudence partout où il passe. Tel est mon témoignage de ce grand homme, pour la postérité.

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2 Commentaires

  1. marcus

    31 juillet 2019 à 20 h 51 min

    J’ai vraiment bien rigolé. De l’humour à peine légale. Sur onpc on peut voir sa réaction face à un gay ou trans en devenir ou déjà fait, à qui on avait rappelé ses propos sur le business à la shoa.. seulement ça, pas de negationnisme, là une grande peur s’empara d’Olivier ( Franz s’est pas très respectueux pour le peintre Marc de son nom, pardon pour les Olivier, c’est vrai). Suivie, il me semble, de ses paroles  » vous ne pouvez pas dire ça, j’en tremble, regardez !  » rien d’autres . Si, très bon livre que  » et le bon grain tua l’ivraie  » aux aphorismes assez..brutales ! La pudeur ne fait pas la fière quand même. Respectueusement.

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  2. ka

    7 août 2019 à 18 h 59 min

    impressionnant, bravo m.hadjiat.

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