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Aphorismes pour une conquête, par Lotfi Hadjiat

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C’est le cœur en ruines que l’on apprend à donner du sens, à le créer jusqu’à le percevoir et ne faire qu’un avec lui. C’est cette unité qu’on appelle « Dieu ».

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L’abolition de toute dialectique au sein d’un sentiment de vie infinie, telle est la vie divine.

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Je n’ai jamais rien compris à cette expression « profiter de la vie ». Étant entendu que la vie divine est la vie véritable, et puisqu’on ne peut profiter de la vie véritable, dès lors qu’elle est éternelle, car on ne profite que d’un temps court, on ne peut donc profiter que de simulacres de vie, éphémères, périssables… la fameuse caverne des simulacres de Platon, caverne de mort.

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On naît enfin à la vie lorsqu’on comprend cette parole du Christ : « laisse les morts enterrer leurs morts ».

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Être narcissique c’est s’aimer mort.

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Être mort c’est ne pas avoir passé le chakra du cœur. Et rester dans le chakra du nombril.

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Dans la kabbale juive, sur le pilier central, entre le nombril (Tiphereth) et le pouvoir suprême (Kether), il n’y a aucuns obstacles, aucunes étapes, aucune Sephira intermédiaire, c’est l’accès direct ! Pour peu que l’on soit initiée à la connaissance, au savoir caché (Daath). Il n’y a ni la Sephira du cœur, ni celle du verbe, ni celle de la vision claire, comme c’est pourtant le cas dans l’arbre des chakras. C’est donc par la connaissance cachée (Daath), la manipulation, que les initiés narcissiques s’emparent du pouvoir suprême (Kether) ici-bas (Malkuth). Cet arbre des Sephiroth n’est rien de moins que le plan de domination d’une caste d’initiés kabbalistes sur les masses non-initiées.

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Seule la conquête spirituelle nous libère du narcissisme, car la véritable conquête est création, et la véritable création est don, don de soi intégral.

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Oui Averroès, « Dieu ignore les singuliers », et il ignore la notion de « vérification », de « sécurité », de « défense ». En Dieu, tout n’est que conquête. Conquête d’amour. Conquête spirituelle.

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Défendre c’est toujours in fine défendre une séparation. Conquérir c’est toujours in fine conquérir une unité.

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L’exclusivisme rationnel est instinct de vérification, instinct sécuritaire, instinct narcissique par excellence. Et la sécurité parfaite est dans le tombeau, parfaitement scellé.

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La conquête divine ne brise pas les résistances, elle joue avec. Mais il y a une résistance qui ne veut pas jouer, qui résiste obstinément au jeu divin souverain : l’exclusivisme rationnel, qui singularise, qui isole le sujet, le niant finalement au lieu de le libérer, en le réduisant à un objet rationnel, à une mécanique sans vie.

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Le souverain divin joue avec le sujet humain jusqu’à abolir la dialectique du sujet et du souverain.

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Cette notion de « Dieu » n’est finalement qu’une conception humaine, qu’une projection humaine trop humaine. Singulariser la vie divine est une absurdité. La vie divine précède Dieu.

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Depuis Sumer, le langage humain n’est que la longue histoire de la séparation d’avec l’intuition du divin, une longue histoire pour nous divertir de cette séparation, pour l’enterrer, l’oublier, faire diversion. Il ne peut y avoir d’unité humaine qu’à partir de l’intuition claire du divin.

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Revenir au langage divin, au verbe divin, au verbe créateur, pour en finir avec le verbe séparateur.

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Créer c’est manifester l’unité invisible, la donner au visible, aux gens du visible, aux esclaves du visibles.

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L’écriture créée par Adam fut structurée pour la première fois à Sumer, à Eridu, la première cité fortifiée, bâtie par Caïn, le grand séparateur, avide de puissance, qui fit du langage lui-même une cité fortifiée séparant l’humanité en deux : une caste politico-sacerdotale initiée à l’art du simulacre, se substituant au souverain divin et dominant par manipulation les masses crédules non-initiées oublieuses de l’intuition du divin et privées ainsi de leur unité. Cette domination séparatrice devint un paradigme aliénant qui se stratifia dans le langage. Ces initiés s’appellent aujourd’hui kabbalistes.

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Brentano disait : « la conscience est toujours conscience de quelque chose ». Je dirais pour ma part : la conscience est toujours conscience d’une séparation. Le premier combat est de combattre cette séparation, cause de notre asservissement, de notre aliénation.

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La séparation se reproduit continuellement comme la division cellulaire, je dirais même que seule la séparation se reproduit. L’unité se crée, se conquiert.

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Le souverain divin n’est en rien la force d’un rapport de forces qui nous domine mais la souveraineté éternelle de la vie qui résoud finalement tout rapport de forces.

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Le désir de puissance n’est qu’une vaine continuité de l’instinct de sécurité, instinct du corps, qui lui-même découle de notre éloignement abyssal de l’unité divine.

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Le sentiment de sécurité est évidemment étranger à la vie éternelle, la vie divine.

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Le narcissisme entraîne l’orgueil, qui entraîne la séparation, qui entraîne le chaos. Telle est l’histoire de Caïn.

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L’unité est un jeu d’amour invisible.

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