Il ne faut pas seulement sacrifier sa vie à Dieu, il faut lui sacrifier son bonheur. Et notre vie devient alors merveilleuse. Ne plus chercher le bonheur, voilà le bonheur. Ne plus être déçu par un faux bonheur, tel est le vrai bonheur. Ne plus être la proie du malheur, c’est ne plus être la proie d’un bonheur. Il y a une joie inextinguible dans notre tréfonds que l’agitation moderne nous fait nier, ignorer, oublier, mais qu’elle n’éteint pourtant pas. Cette joie est celle de notre âme. Il y a pire que ceux qui ne croient pas en Dieu : ceux qui ne croient pas en l’âme, j’entends l’âme qui survit à la mort charnelle. Une âme singulière n’est précisément que la singularisation de l’âme universelle. Voilà le grand mystère, comment l’âme universelle se singularise ?… Pour retrouver la joie inextinguible, l’âme singulière doit donc retrouver sa nature universelle, elle doit renoncer à la recherche de son bonheur singulier ici-bas, qui l’attache à sa singularité charnelle. Le vrai bonheur n’est pas singulier. Notre singularité ne naît pas d’une contingence, elle procède mystérieusement de l’âme universelle. Notre âme ne trouve le bonheur qu’en revenant à sa véritable nature, comme une goutte d’eau revient à l’océan… celle-ci ne meurt pas si elle revient à l’océan, mais elle meurt en séchant sur une pierre au soleil. Notre âme a soif d’universel. Socrate et Platon ont bâti la rationalité sur la notion d’âme, toute la théorie des Idées platonicienne repose sur l’âme : la réminiscence des Idées que l’âme contemplait avant la naissance… les Idées universelles de la Raison… Sans l’âme, toute la rationalité s’effondre. Vous allez me dire que l’Occident matérialiste rationaliste devrait s’effondrer, puisque l’on n’y croit plus à l’âme. Eh bien précisément, l’Occident s’effondre, leurs naissances s’effondrent, leur confiance aux institutions s’effondre, leur santé s’effondre, leur éducation s’effondre, leur culture s’effondre, leurs mœurs dégénèrent, leur corruption gangrène tout, la délinquance y prolifère, la violence sociale et économique explose, les trafics les plus ignominieux s’y propagent et les suicides se multiplient… Mais la propagande médiatique hystérique nous montre un Occident radieux, éclatant de bonheur, où les gens sont exagérément heureux et enthousiastes…, la rue nous montre pourtant une toute autre réalité, les gens sont traqués, contrôlés, surveillés, harcelés, rackettés, spoliés, exploités, aliénés, manipulés, trompés, arnaqués, abusés, endettés, ruinés, volés, conditionnés, réprimés, méprisés, niés, squattés, déclassés, exclus, remplacés, dépouillés, agressés, poignardés, piqués, tués… L’arraisonnement de la nature et de l’homme, comme disait Heidegger, a triomphé. Mais la propagande continue d’appâter le peuple avec de faux bonheurs pour faire tourner une machine économique devenue folle, prédatrice, exterminatrice… Il y a plus grave que la mort de Dieu en Occident : la mort de l’âme. Socrate recommandait à Alcibiade de prendre soin de son âme. Oui, encore faut-il y croire, à l’âme. Le bonheur n’est pas une somme de plaisirs fugaces. Bonheur économique, bonheur médiatique, bonheur social, bonheur ethnique… bonheurs mimétiques, faux bonheurs… Il n’y a de bonheur que celui de l’âme.
