- François ?
- Oui, Emmanuel. Comment vas-tu ?
- Ça va bien, depuis tout à l’heure… Je réfléchissais au moyen de désamorcer le 10 septembre…
- Oui. Ne t’inquiète pas, je vais faire quelques déclarations apaisantes…
- Je préférerais que tu démissionnes…
- Quoi ?!… Mais au nom de quoi… !
- Au nom de ton bilan merdique, de ton passif infâme, de ton incurie pathologique… et de ton impopularité phénoménale…
- Ah… tiens, en parlant de popularité…, comment se porte la tienne ?…
- François !… tu m’emmerdes !
- C’est toi qu’ils veulent dégager…, me jeter en pâture n’y changera rien… C’est toi qui a ruiné le pays et l’a endetté jusqu’au ciel, pas moi…
- Je vais te le dire plus clairement : la taule ou la démission ? À toi de choisir…
- Si je démissionne, je ne me tairais pas…
- Ça ne me dérange pas. Parle autant que tu veux… mais n’oublie pas que j’ai largement les moyens de t’envoyer croupir en prison pour longtemps…
- Je démissionnerais si les Français le demandent…
- Eh bien, on va leur demander… Un grand référendum populaire…
- Bon…, euh…, disons qu’on le demandera au Parlement…
- Un vote de confiance ?… Comme tu veux… C’est entendu. Le 5 septembre ?
- Euh… Disons,… le 8… Évidemment, tu vas essayer en coulisses d’influencer les députés sur ce vote…
- Tu peux tout à fait les influencer aussi, tu sais. Que le meilleur gagne !
- Ne te fais pas trop d’illusions quand même… Après moi, ce sera ton tour… Plus personne ne te respecte, ni ne te supporte…
- Occupe-toi de ta merde, tu as déjà beaucoup à faire…
- … Très bien… Rira bien qui rira le dernier.
- À part rire, bouffer et intriguer, je ne sais pas ce que tu sais faire… Qu’est-ce que tu as accompli… ? Rien.
- Il est vrai que toi tu as accompli quelque chose de colossal : la destruction de la France…
- Ça, c’est ton point de vue de bon à rien, de gros branleur et de connard… J’ai accompli l’édification de l’Europe.
- Une Europe complètement ruinée par des crapules dans ton genre, une Europe écrasée, ridiculisée et humiliée par les Etats-Unis… tu parles d’une édification !… Tu entreras dans l’Histoire comme le pire homme d’Etat français de l’histoire de France… ton nom sera synonyme de crapule. Ou de démon.
- Comme tu le disais si bien, rira bien qui rira le dernier. Je t’enverrai des oranges, tu penseras à moi…
- Tu n’auras été toute ta vie qu’un ignoble adolescent… un nuisible, un infernal nuisible… ; le pays sera en fête lorsque tu tomberas enfin…, que dis-je en fête, en liesse ! Après ta chute, les égouts qui avaient envahi la France reflueront comme par magie. Les Français comprendront enfin qu’ils étaient ensorcelés…
- Bien-sûr, bien-sûr… Tout compte fait, je ne sais pas si tu arriveras vivant au Parlement, le 8 septembre…
- … Très bien… Je suis en train d’écrire un petit message sur un réseau social bien connu, pour informer le public de tes menaces de mort à mon encontre… Tu n’y vois pas d’inconvénient, j’espère.
- … Tu es tellement pathétique… Bon. Finalement, tu ne m’as pas dit ce que tu préfères : clémentine, mandarine, sanguine, Thomson…
- Le plus drôle dans tout ça, c’est que ceux qui t’ont mis au pouvoir seront les mêmes qui te dégageront, à cause de ta reconnaissance prochaine de l’État de Palestine… Les médias entre leurs mains préparent déjà ton éjection… le dernier sondage sur ta démission souhaitée est à ce titre tout à fait édifiant… près de 70% qui souhaitent ta démission !… Il font monter la sauce, jusqu’à te faire haïr intégralement… si ce n’est déjà le cas… On se régalera de ta chute, comme tu ne peux pas l’imaginer… Ça sera bien le seul régal que tu auras donné aux Français… La libération sera telle qu’on se remettra à croire en Dieu… Sans compter le jugement en justice, qui ne te loupera pas…
- Qu’est-ce que tu es drôle, François… tu devrais écrire des romans… tu en auras en tous cas largement le temps en zonzon, au fond de ta cellule… Le plus hilarant, ce sont tes présomptions de tocard… à quel point tu te crois malin…, c’est à mourir de rire… Bon, allez, je te laisse à tes divagations sans queue ni tête.
- Quant à moi, je suis impatient de te voir arriver à la destination finale de ta folie intégrale… : ton humiliation totale… Tout sera révélé. Spectacle garanti, en mondovision. Même si je regarde le feuilleton de ce scandale en prison, ce sera quand même savoureux. Bonne journée, fit Francois en raccrochant.
Après un tragique accident de voiture le lendemain, qui coûta la vie à François, Emmanuel prononça un éloge funèbre. « La France est en larmes, elle a perdu son plus glorieux serviteur… Nous n’oublierons jamais ses précieux enseignements… ses écrits impérissables… ses victoires éternelles… Comment résumer l’œuvre grandiose de mon frère de combat… Comment résumer la hauteur d’âme de ce guerrier magnifique… comment rendre justice à la sagesse et aux vertus de ce prophète incompris… trois mots : droiture, bravoure, sacrifice de soi… On racontera longtemps aux générations futures l’histoire de ce roi qui n’a pas régné, à qui je disais encore hier toute mon estime, ma gratitude, ma fascination, et à qui j’adressais, encore hier, tous mes chaleureux encouragements à tenir encore les rênes de notre chère nation… pars en paix, mon frère, le devoir accompli ».
