Je me baladais un soir dans les désolations froides de la ville lorsque j’entrevis une lueur au milieu du tumulte en perdition. Je m’en approchai en me frayant un chemin parmi les moutons, les ânes et les pigeons, et arrivai enfin à un temple d’où émanait la douce clarté. Un homme y faisait un sermon. Je m’assis et l’écoutai.
« L’Éternel nous aime tellement qu’Il nous laisse la liberté de ne pas L’aimer, de ne pas croire en Lui, de douter, de Le nier, de nier Son être, Lui qui nous a créés… Ce respect de notre liberté est la preuve de Dieu. Il reste voilé, Il ne se montre pas d’évidence, car Il veut être aimé pour ce qu’Il est, non pour Ses manifestations. Il n’attend pas qu’on adore Ses manifestations, jusqu’à l’idolâtrie, mais qu’on L’aime Lui. Sous Ses voiles, Il veut être reconnu par le cœur, comme le chien Argos reconnut son maître Ulysse sous ses haillons ».
« Il n’y a aucune preuve de Dieu », fit un homme assis non loin de moins.
« Les hommes ont besoin de preuves, celui qui reconnaît avec son cœur n’en a pas besoin. L’amour, c’est l’infini mis à la portée des chiens, disait Céline, et certains hommes ne sont même pas des chiens… L’amour véritable est celui que l’on reconnaît sous les voiles. Voilà pourquoi l’Éternel se voile, pour nous amener à l’amour véritable, celui qu’Il a pour nous. Et celui qu’Il attend de nous, et qu’Il peut attendre si longtemps, éternellement… Cet exigence d’amour véritable dans le respect de notre liberté est la preuve de Dieu. L’éternel amour aime tellement l’humanité qu’Il laisse aux hommes la liberté de L’offenser, de Le blasphémer, de Le moquer, de L’insulter, de L’humilier, de Le crucifier… qu’Il leur laisse la liberté de réclamer des preuves, les preuves qu’Il est ! Le Créateur aime tellement ses créatures qu’il leur laisse la liberté d’exiger des preuves qu’il y a un Créateur ».
« Pourquoi ne donne-t-il pas de preuves irréfutables aux hommes ? », fit encore l’homme aux petites lunettes carrées.
« Il ne leur donne pas de preuve irréfutable, car une telle preuve les obligerait à la vénération, et il ne veut pas d’un amour obligé. Un amour obligé ne vaut rien… Il attend de nous un amour librement donné de cœur et d’esprit. Le don du cœur. Lorsque la preuve irréfutable arrivera, et elle arrivera fatalement, alors il sera trop tard… trop tard pour céder enfin à l’amour véritable, trop tard pour céder devant la preuve de l’amour, car ce sera un amour obligé, obligé par la preuve… ».
« L’homme souffre seulement d’être mortel ; il ne souffrira donc plus quand la science transhumaniste pourra lui procurait l’immortalité scientifique ! », fit l’homme hystérique derrière ses petites lunettes carrées.
« Devenir scientifiquement immortel ne nous ferait pas connaître pour autant l’amour véritable. L’Éternel veut précisément nous apprendre l’amour véritable, le don de soi, don à la vie, la divine vie, et certains n’apprennent enfin ce don qu’après une éternité de souffrances, car, au fond, l’amour souffre de ne pas se donner, comme disait si justement le Christ, et il souffre encore plus de ne pas vouloir se donner ! Sous les plaisirs et les ivresses, il ne sait pas qu’il souffre. À la mort des plaisirs et des ivresses, ses souffrances lui apparaîtront enfin, terribles souffrances, infernales souffrances… ce que l’on appelle l’Enfer, n’est fait que de ces souffrances, dont la plus cruelle est celle de croire, d’être persuadé, d’avoir la certitude que ses souffrances sont éternelles… et elles le seront autant que l’on en aura la certitude… L’homme ne sait pas à quel point il est libre, et il ne sait surtout pas à quel point sa liberté souffre. Derrière la métaphysique, il y a un drame, une tragédie… ».
Je venais d’entendre la plus tragique histoire d’amour. Finissant son sermon, le vieil homme disparut sous les fureurs convulsives de l’hystérique et me laissa à mes pensées. Sorti finalement du temple, je fus broyé par le chaos aveugle débordant du gouffre de méchanceté ; je ne voulais plus de preuves. Les singes réclament des preuves, les sages acceptent les épreuves. Et la confiance en Dieu s’éprouve au bord du gouffre. Noyé dans la foule, je pris la décision de revenir au temple de clarté. Me frayant encore un chemin au milieu des enragés de la lâcheté et des fanatiques de la trahison. Revenu enfin aux portes de la douce clarté, j’y entrai pour ne jamais en sortir.

Codet François
11 décembre 2025 à 15 h 34 min
Très beau texte…
François
leblogdelotfihadjiat
11 décembre 2025 à 16 h 11 min
Merci beaucoup,
Parfois, je crois prêcher dans le désert.
Encore merci
miiraslimake
18 décembre 2025 à 11 h 46 min
« il est hallucinant de voir à quel point les hommes vivent comme s’ils ne savaient pas » (Albert Camus)
Dernière publication sur Miiraslimake : le truc qui avait été utilisé par les USA/Israel échoué en Iran
Codet François
18 décembre 2025 à 22 h 37 min
Vous ne prêchez pas dans le désert. Votre parole est unique. Elle a cette force de pouvoir vous reconnecter au sacré.
Merci
François